Ousmane Sonko : « Il n’y aura pas de déchirure du Sénégal »

Avant même que le ballon ne roule sur la pelouse du MetLife Stadium, l’entretien accordé par Ousmane Sonko à RFI…

Avant même que le ballon ne roule sur la pelouse du MetLife Stadium, l’entretien accordé par Ousmane Sonko à RFI et France 24 s’est imposé comme un moment politique attendu. Moins d’un mois après son départ de la Primature et son élection à la présidence de l’Assemblée nationale, l’ancien chef du gouvernement a choisi de revenir sur les secousses qui traversent le sommet de l’État, tout en dessinant sa propre trajectoire pour les années à venir.

Face aux interrogations sur ses relations avec le président Bassirou Diomaye Faye, son ancien compagnon de lutte au sein de Pastef, Ousmane Sonko a tenu à écarter toute idée de rupture irréversible. Selon lui, les divergences qui existent relèvent davantage du débat politique que d’une querelle personnelle. Il assure que le Sénégal est « plus grand » que ces désaccords et affirme qu’aucune déchirure nationale ne découlera de cette situation.

Revenant sur son départ de la Primature, il refuse d’y voir une simple étape dans une stratégie présidentielle pour 2029. À ses yeux, cette séquence appartient désormais à l’histoire politique du pays. Il préfère mettre en avant la confiance que les Sénégalais ont accordée à son camp, d’abord en portant Bassirou Diomaye Faye au pouvoir, puis en offrant à Pastef une large majorité parlementaire avant de le conduire lui-même à la tête de l’Assemblée nationale. Désormais, explique-t-il, son énergie sera consacrée au renforcement du rôle de cette institution.

Interrogé sur ses accusations de « trahison » du projet Pastef, Ousmane Sonko nuance son propos. Il préfère parler d’engagements politiques qui, selon lui, n’ont pas été respectés plutôt que de s’en tenir à une lecture morale de la situation. Quant à une éventuelle exclusion du chef de l’État du parti, il renvoie cette décision aux instances compétentes, rappelant que Pastef dispose de règles internes précises et qu’aucune procédure n’est engagée à ce stade.

Le président de l’Assemblée nationale assure également qu’il n’entend pas transformer le Parlement en instrument d’affrontement politique. Il affirme que sa majorité ne censurera pas le gouvernement par calcul partisan, tout en rappelant que cette possibilité reste une prérogative constitutionnelle qui pourrait être utilisée si l’intérêt du pays l’exigeait. Il estime par ailleurs qu’il n’existe aucune raison valable de reporter les élections locales prévues en 2027 et dit espérer qu’elles se tiendront dans les délais légaux.

La question de la dette publique et des relations avec le Fonds monétaire international a occupé une large place dans l’entretien. Ousmane Sonko réaffirme son opposition à une restructuration qu’il qualifie de « sauvage », tout en reconnaissant que le contexte économique évolue et impose une appréciation au cas par cas. Selon lui, aucune solution ne devra sacrifier les ambitions de transformation structurelle du Sénégal au profit d’objectifs financiers de court terme.

Il revient aussi sur le débat autour de la « dette odieuse », une notion qu’il dit avoir défendue à titre personnel. À ses yeux, une partie des engagements financiers contractés sans validation parlementaire pourrait relever de cette qualification et mériter une réflexion sur une éventuelle annulation. Il rappelle toutefois qu’une telle démarche suppose un courage politique particulier et une volonté portée par l’exécutif.

Interpellé sur la gestion de la crise universitaire ayant conduit à la mort d’un étudiant, l’ancien Premier ministre affirme avoir donné comme seule instruction le maintien de l’ordre public et la protection des infrastructures. Il rappelle qu’une enquête judiciaire est en cours et estime que certaines images diffusées laissent penser à un usage disproportionné de la force, tout en précisant que la conduite opérationnelle des interventions ne relevait pas directement de lui.

Sur la législation concernant l’homosexualité, Ousmane Sonko défend fermement le choix des autorités sénégalaises. Il rappelle que cette incrimination existe depuis plusieurs décennies et que seules les sanctions ont été renforcées. Pour lui, le Sénégal est un État souverain qui n’a pas à justifier ses choix législatifs devant les puissances étrangères. Il affirme également qu’il n’est pas question de revenir sur cette loi et qu’elle pourrait même être renforcée si les circonstances l’exigeaient. Concernant les critiques liées aux droits des personnes poursuivies, il renvoie à l’indépendance de la justice, tout en dénonçant les atteintes au secret de l’instruction et la stigmatisation publique de certaines familles.

Questionné sur son avenir politique, le président de l’Assemblée nationale juge prématuré de parler de la présidentielle de 2029. Il rappelle que Pastef désignera son candidat le moment venu et refuse de spéculer sur une éventuelle candidature de Bassirou Diomaye Faye.

L’entretien s’est également ouvert sur les enjeux régionaux. Ousmane Sonko dit respecter la souveraineté des États dirigés par des militaires au Sahel et évite toute condamnation. Il plaide en revanche pour un renforcement de l’intégration ouest-africaine, estimant qu’un espace régional uni représenterait une puissance économique et politique majeure. Sur les questions sécuritaires, il considère que les pays africains doivent avant tout bâtir leurs propres mécanismes de défense, sans limiter le débat au choix d’une puissance étrangère plutôt qu’une autre.

Enfin, à quelques heures du choc entre le Sénégal et la France à la Coupe du monde 2026, le dirigeant politique s’est prêté au jeu du pronostic. Il dit souhaiter une victoire des Lions de la Teranga, tout en donnant à cette affiche une dimension symbolique. Selon lui, quelle que soit l’issue de la rencontre, « c’est l’Afrique qui aura battu l’Afrique », une manière de rappeler, à travers le football, les liens humains, historiques et culturels qui unissent les deux rives.

Suivez l'information en direct sur notre chaîne WHATSAPP