Pendant des années, la Compagnie agricole de Saint-Louis (CASL) a incarné les ambitions du Sénégal en matière de souveraineté alimentaire. Implantée au cœur de la vallée du fleuve Sénégal, cette rizerie ultramoderne était présentée comme l’un des piliers de la stratégie nationale visant à réduire la dépendance aux importations et à renforcer la production locale de riz. Aujourd’hui, son placement en liquidation marque la fin d’un projet emblématique et révèle les profondes fragilités qui continuent de peser sur la filière rizicole sénégalaise.
L’annonce de cette liquidation, révélée par Jeune Afrique, résonne comme un signal d’alarme pour l’ensemble du secteur agricole. Plus qu’une simple défaillance d’entreprise, la disparition de la CASL met en lumière les obstacles structurels qui freinent encore le développement de la production rizicole nationale, malgré les ambitions affichées par les autorités.
Le paradoxe est d’autant plus frappant que le Sénégal dispose d’importantes ressources foncières favorables à la culture du riz. Dans la vallée du fleuve Sénégal, près de 400 000 hectares sont considérés comme irrigables. Pourtant, seule une partie de ce potentiel est effectivement aménagée et exploitée. Lors des Grandes Rencontres du Soleil, organisées en février 2026, le ministre de l’Agriculture, Mabouba Diagne, avait lui-même souligné ce retard dans la mise en valeur des terres agricoles, identifiant cette contrainte comme l’un des principaux freins à l’augmentation de la production nationale.
À cette difficulté s’ajoute une autre réalité qui pèse lourdement sur la compétitivité des producteurs locaux : la forte présence du riz importé sur le marché sénégalais. Malgré les efforts consentis pour développer la production nationale, les importations continuent d’occuper une place importante dans l’approvisionnement du pays. La CASL avait précisément été conçue pour contribuer à inverser cette tendance en structurant la chaîne de valeur du riz local et en renforçant les capacités de transformation. Son incapacité à surmonter les contraintes du marché souligne l’ampleur du défi.
Cette liquidation intervient par ailleurs dans un contexte où plusieurs secteurs agricoles font face à des difficultés similaires. À l’image de la filière avicole, confrontée à la concurrence de produits importés de manière frauduleuse, la riziculture peine encore à évoluer dans un environnement suffisamment protecteur pour permettre l’émergence durable d’acteurs nationaux solides.
La disparition de la CASL constitue ainsi bien plus qu’un échec industriel. Elle relance le débat sur les conditions nécessaires à la réussite de la souveraineté alimentaire sénégalaise et rappelle que les ambitions affichées devront s’accompagner d’investissements massifs, d’infrastructures adaptées et d’une meilleure protection des filières locales pour se concrétiser durablement.




