La séance plénière consacrée à la révision de la Constitution a pris ce matin une tournure particulièrement électrique à l’Assemblée nationale du Sénégal. À la tribune, le député de l’Alliance pour la République (APR), Abdou Mbow, a livré une intervention d’une rare intensité contre la proposition de loi portée par la majorité parlementaire Pastef, allant jusqu’à invoquer une question préalable fondée sur l’article 83 du règlement intérieur afin de demander qu’il n’y ait pas lieu de délibérer.
Face au ministre de la Justice et à ses collègues députés, l’élu de l’opposition a d’abord insisté sur la gravité du moment, décrivant la séance comme un épisode « d’une portée exceptionnelle dans l’histoire politique et institutionnelle » du Sénégal. Très vite, son intervention a pris la forme d’une remise en cause frontale du processus engagé.
Abdou Mbow a ouvertement contesté la démarche parlementaire, estimant qu’il s’agirait d’une première dans l’histoire du pays depuis l’indépendance : celle d’une majorité à l’Assemblée nationale initiant seule une réforme constitutionnelle d’une telle ampleur, susceptible selon lui de bouleverser profondément l’équilibre institutionnel. Il a également dénoncé le fait que certains amendements proposés par le gouvernement, au nom du président de la République, auraient été écartés du processus.
S’inscrivant dans une perspective historique, le député de l’opposition a rappelé que les grandes révisions constitutionnelles du Sénégal, notamment celles de 1963, 2001 et 2016, avaient toujours été soumises à l’approbation populaire par référendum. À ses yeux, la procédure actuelle marquerait ainsi une rupture inédite avec cette tradition républicaine.
Sur le fond, Abdou Mbow a durci encore le ton en estimant que les réformes envisagées entraîneraient un déplacement profond du centre de gravité des institutions, en transférant une part importante du pouvoir politique issu de l’élection présidentielle vers une majorité parlementaire, qu’il a qualifiée de « majorité mécanique », avec à sa tête, selon lui, une figure dépourvue de légitimité.
Dans la foulée, il a interpellé le gouvernement, l’appelant à transmettre au président de la République les inquiétudes d’une partie importante de la représentation nationale ainsi que de segments de la société civile, évoquant au passage les tensions observées à l’extérieur de l’hémicycle, où des manifestants faisaient face aux forces de l’ordre sous gaz lacrymogènes. Il a rappelé à ce titre que le chef de l’État demeure, en vertu de la Constitution, le garant du fonctionnement régulier des institutions.
Son intervention s’est achevée dans un climat de forte tension politique. Abdou Mbow a exhorté le pouvoir à mettre fin à ce qu’il considère comme un entêtement, appelant le président Bassirou Diomaye Faye à ouvrir sans délai des concertations larges associant toutes les composantes de la nation. Il a opposé deux visions du processus en cours, plaidant pour la concertation plutôt que la confrontation, le consensus plutôt que ce qu’il qualifie de passage en force, et la défense de la République contre les intérêts partisans.
Dans une dernière sortie particulièrement offensive, le député a finalement demandé que les débats ne se poursuivent pas, concluant son intervention par une charge directe contre la majorité, au cœur d’une séance désormais marquée par une vive confrontation politique.




