La séance plénière consacrée à l’examen de la proposition de loi portant révision de la Constitution a pris une tournure spectaculaire ce lundi à l’Assemblée nationale. Ce qui devait être un débat parlementaire s’est rapidement transformé en une vive confrontation politique, culminant avec l’intervention des gendarmes dans l’hémicycle pour évacuer le député Abdou Mbow, figure du groupe parlementaire Takku Wallu Sénégal, qui refusait de quitter la tribune.
Les tensions ont éclaté dès l’ouverture des discussions lorsque le député de l’opposition a soulevé une question préalable visant à suspendre l’examen du texte. Après les interventions du président de la Commission des lois, Me Abdoulaye Tall, puis du président du groupe parlementaire Pastef, Ayib Daffé, qui ont appelé au rejet de cette procédure, la majorité a décidé de poursuivre les travaux.
Un bras de fer s’installe au cœur de l’hémicycle
À l’issue de cette première séquence, Abdou Mbow a tenté de reprendre la parole en restant à la tribune. Une initiative immédiatement rejetée par le président de séance, Ousmane Sonko, qui a ordonné la coupure de son micro avant de lui demander de quitter le pupitre. « Vous quittez ou je vous fais quitter », lui a-t-il lancé.
Le député ayant refusé d’obtempérer, les travaux ont repris malgré sa présence devant la tribune. Ousmane Sonko a ouvert la liste des orateurs inscrits au débat général et donné la parole au député Guy Marius Sagna, tout en rappelant qu’aucun parlementaire ne pouvait conserver la parole ou occuper la tribune contre la décision du président de séance.
Mais les protestations de l’opposition ont rapidement couvert l’intervention de Guy Marius Sagna. L’atmosphère s’est encore davantage tendue lorsque plusieurs députés de la majorité se sont avancés vers la tribune afin de tenter de faire partir Abdou Mbow. Des échanges musclés et des bousculades ont alors éclaté, notamment après la tentative d’une députée de Pastef de le déplacer de force. Pour éviter que la situation ne dégénère, Ousmane Sonko a demandé aux députés de son camp de regagner leurs places.
Les forces de l’ordre mettent fin au blocage
Face à une séance totalement paralysée, le président de séance a finalement sollicité l’intervention des éléments de la Gendarmerie nationale chargés de la sécurité du Parlement.
Les gendarmes sont alors entrés dans l’hémicycle et ont procédé à l’évacuation d’Abdou Mbow sous les protestations des élus de l’opposition, mettant fin au blocage qui empêchait la poursuite des débats.
En réaction, les députés du groupe Takku Wallu Sénégal, rejoints par plusieurs députés non inscrits, ont quitté collectivement la salle des séances, refusant de participer à la suite de l’examen du projet de révision constitutionnelle.
Aïssata Tall Sall juge le vote dépourvu de légitimité
À la sortie de l’hémicycle, la présidente du groupe parlementaire Takku Wallu Sénégal, Aïssata Tall Sall, a estimé que les conditions dans lesquelles se poursuivait l’examen du texte compromettaient sa validité.
Elle a affirmé que la réforme « n’ira nulle part », estimant qu’elle était adoptée « dans la friction, dans le bruit, dans le chaos, dans la faction et dans le fracas », avant d’assurer que « la loi sera retoquée ».
L’ancienne ministre de la Justice a également accusé la majorité de banaliser son mandat parlementaire, affirmant que son groupe, au contraire, entendait défendre le respect des institutions et du peuple sénégalais.
Selon elle, l’opposition a atteint son objectif en démontrant, selon ses mots, que ce qui se déroule à l’Assemblée nationale relève « de la dictature et de la forfaiture ». Elle a notamment dénoncé le recours aux forces de l’ordre pour évacuer un député qui, selon elle, ne faisait qu’exercer son droit à la parole.
Abdou Mbow accuse Ousmane Sonko de dérive autoritaire
Quelques instants après son évacuation, Abdou Mbow s’est exprimé au micro de RFI pour dénoncer l’attitude du président de séance.
Le député a accusé Ousmane Sonko d’adopter une posture autoritaire et de vouloir instaurer, selon ses termes, « un régime fasciste » au Sénégal. Il a également dénoncé les violences qu’il affirme avoir subies au cours de son évacuation.
Assurant que son camp poursuivra son combat politique, il a déclaré qu’aucune force de l’ordre ni aucune armée ne pourraient faire reculer l’opposition. Il a de nouveau qualifié Ousmane Sonko de « dictateur », estimant qu’il n’était pas en mesure de présider correctement les travaux de l’Assemblée nationale.
Cette séance restera comme l’une des plus mouvementées de ces dernières années au Parlement sénégalais. L’intervention inédite des gendarmes dans l’hémicycle, le départ collectif de l’opposition et la poursuite des débats dans un climat de très forte tension illustrent la profonde fracture politique qui entoure l’examen de cette réforme constitutionnelle.




