Le bras de fer judiciaire entre Dakar et Paris

Dakar, Sénégal — Le ton était ferme, la décision sans appel. Jeudi, devant les députés de l’Assemblée nationale, la ministre sénégalaise de la Justice, Yassine Fall, a annoncé un coup d’arrêt. Le Sénégal suspend désormais toutes les extraditions de ses ressortissants vers la France. Cette mesure de rétorsion répond à un refus catégorique de Paris : celui de lui renvoyer deux Sénégalais que Dakar réclame.

« Nous avons deux Sénégalais en France que ce pays n’a pas renvoyés », a déclaré la ministre, en pleine discussion du budget de son ministère. Elle pointe du doigt les dossiers du journaliste Madiambal Diagne et de l’homme d’affaires Doro Gaye. Malgré des demandes répétées et « toutes les justifications » fournies, la France bloque leur extradition.

Face à cette impasse, Dakar change de braquet. Yassine Fall pose un nouveau principe : la réciprocité.

Le bras de fer judiciaire s’engage

« Si ces personnes sont coupables d’un crime, nous les arrêtons. Nous ne les laissons pas libres, mais nous ne les renvoyons pas à la France tant que la réciprocité n’est pas respectée », a-t-elle martelé.

Cette annonce gèle immédiatement douze demandes d’extradition que la France a actuellement sur la table du Sénégal. Concrètement, Dakar retient désormais ses ressortissants réclamés par Paris, tant que cette dernière ne lui rendra pas les siens.

La décision crée une tension d’autant plus forte qu’elle survient après la signature d’une convention bilatérale. Les deux pays avaient pourtant scellé un accord d’extradition à Paris en septembre 2021, que la France a ratifié en juin 2023. Cet texte devait encadrer et faciliter la coopération judiciaire. La mesure sénégalaise révèle que, dans les faits, la confiance et l’équité font défaut.

Un test pour la relation bilatérale

En prenant cette position, le gouvernement sénégalais fait plus qu’exiger le retour de deux citoyens. Il interroge l’équilibre fondamental de sa relation judiciaire avec l’ancienne puissance coloniale. Le message est clair : le partenariat ne peut être à sens unique.

La balle est maintenant dans le camp de la France. Acceptera-t-elle de revoir sa position sur les dossiers Diagne et Gaye pour débloquer la coopération ? Ou laissera-t-elle ce différend envenimer une relation judiciaire cruciale pour les deux États ?

Pour l’instant, les cellules des prisons sénégalaises qui devaient se vider vers la France restent pleines. Chaque dossier attend, suspendu à la résolution de ce bras de fer qui dépasse les simples procédures pénales. Il touche à la souveraineté, au respect mutuel et à l’égalité de traitement entre nations partenaires.

Dakar et Abou Dhabi scellent une alliance économique en 11 accords

Dakar, Sénégal — Ce mercredi, le Premier ministre Ousmane Sonko a présidé une cérémonie au Building administratif Mamadou-Dia, marquant un tournant pour l’économie sénégalaise. En présence du ministre émirati du Commerce extérieur, Thani bin Ahmed Al Zeyoudi, ainsi que d’investisseurs émiratis et de dirigeants sénégalais, onze accords de partenariat ont été signés. Ces conventions couvrent les secteurs stratégiques du pays, de l’énergie aux infrastructures numériques.

Énergie, mines et santé : des partenariats clés

Dans le secteur énergétique, le Réseau gazier du Sénégal s’allie à Equiline Energies pour exploiter le gaz. Parallèlement, Senelec collabore avec Global South Utilities Power Investment pour construire une centrale photovoltaïque, confirmant la transition vers les énergies renouvelables.

Le domaine minier bénéficie également de partenariats. La Société des mines de fer du Sénégal oriental et la SOMISEN s’associent à Ressources Investment pour développer les infrastructures logistiques et les mines de fer. De plus, la SOMISEN prévoit la création d’un comptoir d’or et d’une unité de production d’engrais à base de phosphate local.

La santé n’est pas en reste. La Pharmacie nationale d’approvisionnement signe avec Exim Finance pour construire une usine de médicaments génériques au Sénégal, renforçant ainsi l’autonomie pharmaceutique du pays.

Agriculture, logement, numérique et investissement

D’autres conventions portent sur l’agriculture, avec le développement d’agropoles, le logement social et les infrastructures numériques. Un accord spécifique vise la digitalisation des finances publiques, un levier clé pour moderniser l’État et améliorer la transparence.

Pour le ministre des Finances, Cheikh Diba, ces partenariats sont essentiels. Ils permettront de renforcer les investissements directs étrangers et d’accélérer les projets prioritaires stratégiques. Au-delà de l’afflux de capitaux, ces accords incarnent la volonté du gouvernement Sonko de concrétiser sa vision de transformation économique. Cette dynamique pourrait redéfinir profondément le paysage économique sénégalais dans les années à venir.

Visite émiratie à Dakar : Sonko active l’agenda de transformation

Dakar, Sénégal — Ce 10 décembre 2025, la Primature a accueilli une délégation des Émirats Arabes Unis conduite par Dr Thani Bin Ahmed Al Zeyoudi, ministre du Commerce Extérieur. Ousmane Sonko a organisé cette rencontre comme une suite directe à son déplacement de septembre dernier aux Émirats. L’entretien marque donc la poursuite d’un dialogue stratégique, et non un simple contact protocolaire.

Selon les autorités, la visite s’inscrit dans le cadre d’une « visite de travail et d’amitié ». Derrière cette formule diplomatique, les enjeux sont bien économiques. Les deux parties veulent avancer sur les dossiers évoqués à Abu Dhabi, notamment ceux qui touchent aux priorités du gouvernement.

Les échanges ont porté sur les projets liés à l’Agenda national de Transformation. Ce choix n’est pas anodin. Il montre que les discussions ne concernent pas quelques accords isolés, mais des initiatives pensées pour accompagner la vision de transformation défendue par Sonko. Ainsi, l’entretien vise des partenariats dans plusieurs secteurs : infrastructures, énergie, agriculture et numérique.

La présence du ministre émirati du Commerce Extérieur confirme l’importance des sujets abordés. Les Émirats disposent de fonds souverains puissants et d’une solide expertise en développement urbain, en logistique et en investissements internationaux. Pour Dakar, ces atouts peuvent devenir un levier majeur d’accélération économique.

Même si les parties n’ont pas dévoilé le contenu détaillé des projets, la rencontre montre une volonté claire : passer des intentions aux réalisations. Le gouvernement veut transformer les discussions menées à Abu Dhabi en actions concrètes, alignées sur les priorités nationales.

En définitive, cette visite ouvre une nouvelle phase du partenariat entre le Sénégal et les Émirats. Au-delà des déclarations officielles, les deux pays cherchent à bâtir une coopération capable d’accompagner la transformation économique voulue par Dakar. Le Sénégal veut avancer vite, et les Émirats semblent prêts à l’accompagner dans cette dynamique.

L’Afrique en mouvement : Faye et Ruto signent l’accord sans visa

Ce mardi 21 octobre 2025, dans le cadre solennel de la State House de Nairobi, deux présidents incarnent la nouvelle génération de leaders africains. Bassirou Diomaye Faye, le jeune chef de l’État sénégalais, et son homologue kényan, William Ruto, ont transformé leur première rencontre en un symbole tangible de l’intégration continentale.

Sous les ors du pouvoir kényan, les deux hommes n’ont pas seulement échangé les propos protocolaires attendus. Ils ont scellé, par la signature d’un accord d’exemption de visa, une fraternité concrète. Désormais, un Sénégalais et un Kényan pourront se rendre visite librement, sans formalité, pendant quatre-vingt-dix jours. Un geste simple, presque anodin en apparence, mais qui fait voler en éclats les frontières héritées de la colonisation.

Du dialogue politique à la mobilité citoyenne

Les entretiens, denses, ont porté sur l’essentiel : la paix dans les régions troublées, la sécurité, les transports aériens, l’éducation. Mais c’est dans le domaine des échanges humains que le pas de géant a été franchi. Alors que l’Afrique parle depuis des décennies d’intégration sans toujours lui donner de visage, le Sénégal et le Kenya viennent d’offrir à leurs citoyens la liberté de circuler.

Cet accord est bien plus qu’une disposition administrative. C’est un pont jeté entre Dakar et Nairobi, entre l’océan Atlantique et l’océan Indien. Il facilite les affaires, le tourisme, les rencontres académiques, et consacre une vision partagée : celle d’un continent où la circulation des idées et des personnes précède et nourrit la prospérité.

Une alliance stratégique au service d’une Afrique souveraine

Le déjeuner officiel qui a suivi n’était pas qu’un rite diplomatique. Il scellait une alliance naissante entre deux nations phares, deux démocraties stables qui entendent peser sur les dossiers régionaux et internationaux. La « convergence de vues » évoquée dans les communiqués semble réelle, portée par une volonté commune d’affirmer une voie africaine souveraine.

Dans les couloirs de la State House, on sentait comme une évidence : l’Afrique de la mobilité, du commerce et de la coopération n’est plus une utopie. Elle s’écrit, désormais, dans les passeports de millions de citoyens. Ce que Faye et Ruto ont signé à Nairobi, c’est peut-être la première page d’un nouveau chapitre continental : celui où les peuples, enfin, se retrouvent.

Le Sénégal et la Malaisie renforcent leur partenariat stratégique lors de la visite de Yassine Fall

En visite officielle de 48 heures à Kuala Lumpur, la ministre sénégalaise de l’Intégration africaine et des Affaires étrangères, Yassine Fall, a rencontré le Premier ministre Anwar Ibrahim et plusieurs membres du gouvernement malaisien. Ensemble, ils ont affirmé leur volonté de renforcer la coopération bilatérale dans des secteurs clés comme l’agriculture, l’industrie halal, la finance islamique et les énergies renouvelables.

Coopération bilatérale et enjeux internationaux

Les discussions ont également porté sur la gestion du Hajj, le développement du Waqf, les investissements et l’innovation technologique, notamment dans le domaine des microprocesseurs. Sur le plan multilatéral, les deux pays ont réaffirmé leur engagement en faveur du multilatéralisme et d’un monde plus juste, tout en appelant à un règlement définitif de la question palestinienne sur la base de la solution à deux États.

Promotion des atouts du Sénégal

Yassine Fall a présenté l’Agenda National de Transformation et mis en avant les atouts économiques du Sénégal, invitant les autorités et investisseurs malaisiens à participer au Forum Invest in Senegal (7-8 octobre 2025) et à la Foire internationale de Dakar (7-31 décembre 2025). Elle a également exprimé la volonté du Sénégal de s’inspirer du modèle économique malaisien pour accélérer sa croissance.

Le Sénégal et le Vietnam scellent une nouvelle ère de coopération stratégique

Pour la première fois depuis l’établissement des relations diplomatiques en 1969, le Sénégal accueille officiellement le président de l’Assemblée nationale du Vietnam, Trần Thanh Mẫn. Reçu ce mercredi 23 juillet par El Malick Ndiaye, président de l’Assemblée nationale du Sénégal, l’hôte vietnamien entame une visite de trois jours à Dakar, placée sous le signe du renforcement des relations Sénégal-Vietnam.

Après des entretiens restreints, les deux chefs de parlement ont signé un accord de coopération historique, posant les jalons d’un partenariat stratégique et durable. À travers cette entente, les deux institutions entendent dynamiser la diplomatie parlementaire et encourager un dialogue constant entre leurs représentants.

Une coopération économique axée sur l’agriculture et l’alimentation

La visite a également été marquée par une table ronde économique coorganisée par l’APIX, réunissant acteurs publics et privés du Sénégal et du Vietnam. Cette rencontre a mis l’accent sur les opportunités d’échanges commerciaux, en particulier dans les secteurs agricoles et alimentaires.

En marge des discussions, plusieurs accords sectoriels sont en cours de finalisation, dont un partenariat agricole et un accord d’approvisionnement en riz. Ce dernier constitue un enjeu stratégique majeur pour le Sénégal, confronté à des défis de souveraineté alimentaire.

Relations Sénégal-Vietnam : vers une coopération durable

La présentation officielle des groupes d’amitié parlementaire Sénégal–Vietnam a symbolisé la volonté commune de renforcer la confiance bilatérale. Le président vietnamien a également signé le livre d’or de l’Assemblée nationale, témoignant de l’importance accordée à cette relation fraternelle.

Cette visite marque un tournant diplomatique majeur entre Dakar et Hanoï, illustrant une convergence de vues sur les valeurs de solidarité, respect mutuel et développement durable.

Sénégal–Chine : Ousmane Sonko renforce les partenariats pour les infrastructures stratégiques

Dans le cadre de sa visite officielle en République populaire de Chine, le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko a rencontré ce mardi 24 juin, à Tianjin, les dirigeants de la China Communications Construction Company (CCCC), l’un des leaders mondiaux dans le secteur des infrastructures.

Cette rencontre s’inscrit dans une volonté claire de renforcer la coopération sino-sénégalaise dans des secteurs stratégiques tels que les infrastructures de transport, l’énergie et le développement urbain. Le chef du gouvernement sénégalais a exprimé son intérêt pour un partenariat plus structuré et durable avec cette entreprise qui joue déjà un rôle important au Sénégal.

Une coopération stratégique autour des grands projets

La CCCC est déjà active au Sénégal à travers une dizaine de projets majeurs, dont l’autoroute Ila Touba, un ouvrage emblématique qui témoigne du savoir-faire chinois et de la volonté des autorités sénégalaises de moderniser le réseau routier national.

Ousmane Sonko a salué l’engagement de la multinationale chinoise et a invité ses responsables à explorer de nouveaux axes de collaboration, notamment dans l’énergie renouvelable, les ports, et les infrastructures ferroviaires, afin d’accélérer le développement économique et social du Sénégal.

Une vision panafricaine de la coopération

À travers cette démarche, le Premier ministre souhaite positionner le Sénégal comme un hub régional d’infrastructures de qualité, tout en s’inscrivant dans une dynamique plus large de coopération sino-africaine équilibrée et bénéfique pour les deux parties.

Offensive diplomatique de Dakar : la candidature d’Amadou Hott à la BAD en ligne de mire

À quelques semaines de l’élection du président de la Banque africaine de développement (BAD), prévue le 29 mai 2025 à Abidjan, Dakar redouble d’efforts. Le pays mise sur Amadou Hott, ancien ministre de l’Économie, pour succéder à Akinwumi Adesina.

Les autorités sénégalaises multiplient les déplacements sur le continent. Leur objectif est clair : rallier un maximum de soutiens à la candidature d’Amadou Hott.

Soutiens africains : des capitales clés visitées

Le 17 février à Libreville, la ministre des Affaires étrangères, Yassine Fall, a rencontré le président gabonais. Ce dernier a affirmé son soutien à Dakar. Les deux pays partagent une vision commune du développement durable.

Le 11 avril, Abdourahmane Sarr, ministre de l’Économie, a remis un message du président Diomaye Faye à João Lourenço, chef de l’État angolais. Le lendemain, il s’est rendu à Kinshasa pour échanger avec Félix Tshisekedi, président de la RDC. Il y a mis en avant l’expérience de M. Hott face aux défis du financement africain.

Une mobilisation au plus haut niveau

Lors du 38ᵉ Sommet de l’Union africaine en février, à Addis-Abeba, le président Faye a mené un intense lobbying. Il a enchaîné les rencontres bilatérales pour promouvoir la candidature de son compatriote.

De retour à Dakar, il a affirmé avoir plaidé personnellement auprès de plusieurs chefs d’État africains. Cette implication montre l’importance que le Sénégal accorde à cette élection.

Une bataille à six candidats

Amadou Hott affronte cinq adversaires :

  • Sidi Ould Tah (Mauritanie)

  • Swazi Tshabalala (Afrique du Sud)

  • Samuel Maimbo (Zambie)

  • Abbas Mahamat Tolli (Tchad)

Avec les soutiens du Gabon, de l’Angola et les signaux positifs de Kinshasa, Dakar espère faire la différence.

Un profil taillé pour la présidence de la BAD

Reconnu dans les milieux économiques, Amadou Hott incarne l’expertise, la vision et l’engagement pour le développement du continent. Le Sénégal compte sur son parcours et son réseau pour convaincre les électeurs de la BAD.

Macky Sal évoque la « nouvelle impulsion » de la coopération avec les Emirats

Le président Macky Sall table sur une nouvelle impulsion de la coopération entre le Sénégal et les Emirats-Arabes-Unis à la lumière des ‘’points de convergences’’ et des ‘’perspectives intéressantes’’ ressortis de ses discussions avec le prince héritier d’Abu Dhabi, Mohamed Bin Zayed Nahyan.

’’Je me réjouis de l’excellente discussion que j’ai eue avec son Altesse Sheikh Mohamed Bin Zayed Nahyan Prince héritier d’AbuDhabi. (Il en est ressorti) des points de convergences et des perspectives intéressantes pour donner une nouvelle impulsion à la coopération, déjà exemplaire, entre nos deux pays’’, a dit Macky Sall qui a achevé jeudi une visite de deux jours aux Emirats-Arabes-Unis.

Le chef de l’Etat sénégalais était arrivé mercredi matin à Abu Dhabi pour une visite officielle aux Émirats Arabes Unis. Cette visite s’inscrit dans le cadre des relations d’amitié cordiale et de coopération multiforme entre les deux pays, selon la présidence sénégalaise.

Le président Sall a été solennellement accueilli par Son Altesse Sheikh Mohamed Bin Zayed Al Nahyan, prince héritier et ministre de la Défense d’Abu Dhabi au Palais royal Qasr Al Watan, rapporte la même source.
Il a eu un entretien à Dubai avec Son Altesse Sheikh Mohamed Bin Rashid Al Maktoum, Vice-Président, Premier Ministre des Emirats Arabes Unis et Emir de Dubaï. Il a ensuite rencontré des chefs d’entreprise émiratis qui veulent investir au Sénégal.

’’Les secteurs ciblés sont l’éducation l’énergie, les Nouvelles technologies de l’information et de la communication avec notamment la création à Dakar d’une usine de production de téléphones smartphones’’, a souligné la présidence sénégalaise.

Elle ajoute que ‘’ces hommes d’affaires des émirats sont attirés par les opportunités d’investissement que propose le président Macky Sall’’.

Après les Emirats, le chef de l’Etat se rendra à Addis- Abeba où il présidera, samedi, la réunion du Comité des chefs d’Etat et de gouvernement du NEPAD avant de participer, dimanche et lundi, au Sommet de l’Union africaine.

Macky Sall sera de retour à Dakar le 10 février, précise-t-on.

Le président turc Erdogan, confirme ses ambitions africaines lors de sa visite au Sénégal

En visite au Sénégal, le président turc Erdogan a confirmé ses ambitions africaines. Le Chef de l’Etat turc et son homologue sénégalais se sont rencontrés, avant de prendre part à un forum économique visant à consolider les relations entre les deux pays.

C’est au Sénégal que le président Recep Tayyip Erdogan, accompagné de nombreux ministres, a achevé sa tournée éclair en Afrique, mardi 28 janvier, après des étapes en Algérie et en Gambie. Il s’agit de la troisième visite du chef de l’Etat turc dans ce pays d’Afrique de l’Ouest depuis 2016.

Sa rencontre avec son homologue Macky Sall a été suivie d’un forum économique réunissant des représentants des secteurs privés sénégalais et turcs, un rendez-vous visant à consolider les relations économiques entre les deux pays. Car depuis une dizaine d’années, la Turquie est devenue un « partenaire important pour le Sénégal », a déclaré Macky Sall devant les journalistes, ajoutant : « [Elle] nous accompagne en particulier dans la réalisation diligente d’infrastructures de développement. »

La Turquie a effectivement acquis une place de premier plan dans les grands projets d’infrastructures chers à Macky Sall, qui sont au cœur de son Plan Sénégal émergent (PSE). Construction du Centre international de conférences Abdou-Diouf, du palais des sports Dakar Arena et de l’hôtel Radisson à Diamniadio, la nouvelle ville située à 30 km de la capitale ; participation à la réalisation du train express régional (TER) ; gestion de l’aéroport international Blaise-Diagne pendant vingt-cinq ans… Les entreprises turques ne cessent de rafler la mise. En 2018, 29 projets étaient réalisés ou en cours de réalisation, pour un montant de plus de 460 milliards de francs CFA (soit plus de 700 millions d’euros).

L’Afrique plutôt que l’Europe

Les flux commerciaux entre le Sénégal et la Turquie s’intensifient aussi à grande vitesse. L’objectif des deux pays est de porter à court terme le volume des échanges à 400 millions de dollars (plus de 360 millions d’euros). Soit presque le double de 2018 (250 millions de dollars) et quatre fois plus qu’en 2012 (113 millions de dollars).

Pour Oumar Sall, professeur au Centre d’études diplomatiques et stratégiques (CEDS) de Paris et expert associé au laboratoire Les Afriques dans le monde (LAM) de Sciences-Po Bordeaux, la coopération entre les deux pays a été facilitée par « des dimensions géostructurelles communes » : « Les deux pays partagent le même islam, sunnite. L’Organisation de la conférence islamique, dont ils font partie, leur donne un cadre privilégié de coopération économique et commerciale. » Et la dynamique initiée par la Turquie serait « en partie liée à l’éloignement de la perspective d’une adhésion à l’Union européenne », poursuit-il.

Le Sénégal, pour sa part, voit la Turquie comme un important marché pour exporter ses produits de base tels que le poisson, les minerais (zircon, titane…) et les arachides, parmi les « meilleures du monde », vantait Macky Sall auprès de son homologue lors de sa précédente visite, en 2018. La balance commerciale penche en revanche largement en faveur d’Ankara. En 2017, le Sénégal importait pour 125 milliards de francs CFA, contre 1 milliard de francs CFA dans le sens inverse.

Mais les Turcs soignent leur image. La teneur des partenariats signés mardi par les deux présidents le montre : pas question de ne parler que finances. Ankara a ainsi annoncé la création d’un centre culturel turc. Et un mémorandum a été paraphé pour approfondir « la coopération en matière de politique de la diaspora ».

Des mosquées et un stade

Depuis le lancement du programme gouvernemental turc « Opening up to Africa », en 1998, mais encore plus ces dernières années, « la force de la Turquie, c’est de jouer sur tous les registres », analyse Oumar Sall. Et partout sur le continent.

En 2018, la fondation turque Diyanet a doté le Ghana d’une des plus grandes mosquées d’Afrique de l’Ouest, avec une capacité d’accueil de 5 000 personnes, et d’une école d’imams. Fin 2019, Djibouti a inauguré la plus vaste mosquée du pays, elle aussi financée par Diyanet. Au Cameroun, le complexe sportif de Japoma, à Douala, qui accueillera la Coupe d’Afrique des nations de football 2021, est construit par le groupe turc Yenigun et financé par la Türk Eximbank à hauteur de 116 milliards de francs CFA.

Avec un réseau de 41 ambassades, 20 bureaux de l’agence de coopération TIKA et la desserte de 53 villes africaines dans 35 pays grâce à la densification du réseau de Turkish Airlines, la toile turque s’étend sur tout le continent. D’abord discrète, l’avancée de la Turquie en Afrique est de plus en plus visible. Et selon Oumar Sall, le Sénégal en est un « pilier », du moins en Afrique de l’Ouest, car « il est difficile de se développer dans la sous-région si on n’a pas de bonnes relations diplomatiques avec le Sénégal ».

De son côté, l’Etat sénégalais est soucieux de soigner ses relations avec Ankara pour préserver les investissements turcs. Ainsi, en 2017, il n’a pas hésité à accéder aux demandes insistantes de la Turquie de fermer les écoles du réseau Yavuz Selim. Depuis trois ans, ces huit établissements basés au Sénégal et appartenant au réseau éducatif du prédicateur turc Fethullah Gülen, ennemi juré du président Erdogan, ont l’interdiction d’accueillir des élèves.

Le Sénégal offre un passeport diplomatique à Achille Mbembe

Le Sénégal a accordé un passeport diplomatique à l’historien et philosophe camerounais Achille Mbembe, opposant au président Paul Biya, au pouvoir depuis 36 ans.

Le document lui a été remis lors de son récent séjour à Dakar. C’est un Achille Mbembe fier qui a présenté son passeport diplomatique sénégalais sur les réseaux sociaux. Pendant que les avis sont mitigés sur les réseaux sociaux sénégalais, plusieurs personnalités camerounaises, telles que journaliste Jean-François Channon, se sont félicitées de cette décision des autorités sénégalaises.

« Voilà. Quand vous ne reconnaissez pas la valeur de cet homme, Achille Mbembe, l’un des intellectuels africains les plus influents dans le monde, eh beh les autres le reconnaissent. Et c’est bien ainsi. Et nous serons là dans là dans nos petits vals en train d’adorer des figures irréalistes et un homme de plus en plus déclinant que nous voulons déifier. Les autres voient en Achille Mbembe comme hier en Fabien Eboussi Boulaga, Mongo Béti, des figures qu’ils nous envient. Dommage.
Le Sénégal est un grand pays qui sait attirer les valeurs. Achille a donc un passeport diplomatique. Au Cameroun, les diplômés organiques du système Biya, les élites incompétentes et corrompues vous diront que « et puis? » Aka. Restez avec votre dictature là. Ailleurs les gens travaillent en Afrique et avancent», a t-il écrit.