Dans une atmosphère électrique où se mêlaient crispations politiques, contestations de rue et bras de fer institutionnels, l’Assemblée nationale du Sénégal a fini par entériner, ce lundi, la proposition de loi n°17/2026 portant modification de la Constitution, adoptée à l’unanimité des suffrages exprimés au terme d’une plénière ouverte à 10h00 et marquée par la présence du ministre de la Justice Me Moussa Sarr, venu porter la position de l’exécutif.
Le décompte officiel fait état de 129 voix favorables, aucune opposition ni abstention, sur 165 députés inscrits, dont 15 procurations, tandis que 36 élus ont choisi de ne pas participer au vote, dans un contexte déjà lourdement chargé par des tensions accumulées depuis la veille.
Le chemin vers ce résultat n’a pourtant rien eu d’un long fleuve tranquille. Avant même l’issue du scrutin, l’hémicycle avait été traversé par des séquences de rupture, notamment après le rejet de deux amendements proposés par le gouvernement, avant que le texte ne soit finalement adopté dans sa version initiale. À l’extérieur du palais parlementaire, la contestation s’était également exprimée avec vigueur : plusieurs organisations de la société civile et acteurs politiques avaient appelé la veille à un retrait du projet ou à son renvoi devant le peuple par référendum, donnant lieu à des rassemblements rapidement dispersés par les forces de sécurité déployées autour de l’institution.
À l’intérieur de la salle des débats, la tension a atteint son paroxysme lors d’un incident impliquant le député Abdou Mbow, figure de l’opposition, évacué par les gendarmes au cours des travaux. L’épisode a provoqué une onde de choc dans l’hémicycle, entraînant le retrait de plusieurs députés de l’opposition venus lui apporter leur soutien, accentuant encore l’impression d’un Parlement fracturé malgré l’issue arithmétiquement consensuelle du vote.
Tout au long de la séance, la majorité parlementaire a défendu une réforme présentée comme l’aboutissement de plusieurs cycles de concertations politiques et institutionnelles engagés depuis des années. Le ministre de la Justice Me Moussa Sarr a insisté sur la continuité de l’État et la cohérence des ajustements proposés, tandis que les principales dispositions retenues redessinent plusieurs piliers de l’architecture institutionnelle, avec la création d’une Cour constitutionnelle, l’instauration d’un organe indépendant chargé de l’organisation des élections, le renforcement du régime encadrant la transition présidentielle, la limitation de certaines fonctions exécutives locales pour les membres du gouvernement, une définition légale de la haute trahison et un durcissement des obligations de déclaration de patrimoine.
Si le texte ouvre désormais la voie à une éventuelle étape référendaire, une autre lecture institutionnelle est venue nuancer ce schéma. Le président de l’Assemblée nationale du Sénégal, Ousmane Sonko, a en effet indiqué qu’il transmettrait la révision au chef de l’État sans recourir au mécanisme prévu par l’article 103, estimant que la majorité qualifiée obtenue suffisait à justifier une promulgation directe. Une position qui, en pleine séquence de tensions politiques, ajoute une nouvelle couche d’interprétations autour d’un texte déjà au cœur d’un vif débat national.




