Sénégal : calme constaté autour de l’Assemblée nationale avant la séance plénière

Contrairement aux rumeurs ayant circulé dans la soirée, aucun dispositif sécuritaire exceptionnel n’a été observé aux abords de l’Assemblée nationale du Sénégal à quelques heures de la séance plénière prévue ce mardi 26 mai 2026.

Un constat effectué sur place autour de 00h15 montre que la situation demeure calme et normale autour de l’hémicycle ainsi que sur les principaux axes menant à la place Soweto. Aucun bouclage, barricadage ou fermeture des voies d’accès n’a été constaté malgré les informations relayées sur les réseaux sociaux et dans certains cercles politiques.

Les dispositifs visibles sur le terrain correspondent aux contrôles habituels assurés autour de l’institution parlementaire, sans renforcement apparent des effectifs de sécurité. Les accès restent ouverts aussi bien pour les usagers que pour le personnel administratif.

Aucune présence inhabituelle des forces de police ou de gendarmerie n’a également été signalée dans le périmètre immédiat de l’Assemblée nationale, où doit se tenir une séance particulièrement attendue marquée par la réintégration d’Ousmane Sonko comme député et l’élection du nouveau président de l’institution parlementaire.

Sénégal : l’Assemblée nationale prépare le retour d’Ousmane Sonko

L’Assemblée nationale du Sénégal s’apprête à ouvrir une séquence politique majeure ce mardi 26 mai 2026. Les députés sont attendus en séance plénière dès 9 heures pour examiner deux dossiers particulièrement sensibles : la réintégration officielle d’Ousmane Sonko comme député et l’élection d’un nouveau président de l’institution parlementaire.

Cette séance intervient dans un climat politique tendu, quelques jours seulement après le départ d’Ousmane Sonko de la Primature et la démission d’El Malick Ndiaye de la présidence de l’Assemblée nationale. Réuni dimanche, le Bureau de l’institution avait officiellement validé la demande de réintégration du leader du Pastef ainsi que la démission d’El Malick Ndiaye, ouvrant ainsi une nouvelle phase de recomposition au sein du pouvoir législatif.

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Le retour d’Ousmane Sonko à l’Assemblée nationale constitue l’un des événements politiques les plus suivis du moment au Sénégal. Après son éviction du gouvernement par le président Bassirou Diomaye Faye, le leader du Pastef retrouve ainsi une position institutionnelle majeure dans un Parlement largement dominé par sa formation politique.

Dans le même temps, l’élection du futur président de l’Assemblée nationale pourrait redessiner les rapports de force internes au sein de la majorité parlementaire. Avec 130 sièges sur 165, le Pastef dispose d’une confortable majorité capable d’imposer son choix à la tête de l’institution.

Cette journée parlementaire est donc perçue comme une étape décisive dans la nouvelle configuration du pouvoir sénégalais, alors que le pays traverse une période de fortes tensions politiques depuis la rupture entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko.

Ahmadou Al Aminou Lo place son action gouvernementale sous le signe de la loyauté et du redressement national

Quelques heures après sa nomination à la Primature, Ahmadou Al Aminou Lo a dévoilé les grandes orientations qu’il entend imprimer à l’action gouvernementale.

Dans une première déclaration solennelle, le nouveau chef du gouvernement a mis l’accent sur la continuité du projet porté par le président Bassirou Diomaye Faye, le redressement économique du pays et une réorganisation plus cohérente du fonctionnement de l’exécutif.

Le nouveau Premier ministre a affirmé vouloir poursuivre les réformes engagées depuis l’alternance politique de 2024, en particulier autour de l’Agenda Sénégal 2050, considéré comme la principale boussole stratégique du régime.

« Je démarrerai ma mission sur une bonne base, à savoir les réalisations du gouvernement sous les orientations du président de la République », a déclaré Ahmadou Al Aminou Lo, saluant les avancées déjà enregistrées dans la mise en œuvre du programme de transformation économique et sociale.

Dans son intervention, il a tenu à préciser que sa nomination ne traduisait pas une rupture politique, mais plutôt une évolution dans la méthode de gouvernance. « Il ne s’agit point d’un changement de cap. C’est plutôt un changement de méthode dans la cohérence institutionnelle et l’action gouvernementale voulue par le chef de l’État », a-t-il insisté.

Successeur d’Ousmane Sonko, récemment démis de ses fonctions, Ahmadou Al Aminou Lo a également affiché sa fidélité au président de la République, qualifiant sa nouvelle mission de « sacerdoce ». Il a remercié Bassirou Diomaye Faye pour la confiance accordée depuis l’arrivée du Pastef au pouvoir.

Son premier discours a surtout été marqué par un accent fort mis sur les défis économiques du Sénégal. Le nouveau chef du gouvernement a évoqué un contexte marqué par les tensions budgétaires, la hausse du coût de la vie, les effets des crises internationales et un environnement sécuritaire régional fragile.

Ancien cadre de Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest, Ahmadou Al Aminou Lo apparaît désormais comme le principal artisan du redressement économique voulu par l’exécutif. Il a réaffirmé la volonté du gouvernement de maintenir le cap sur la souveraineté économique, la réduction des inégalités sociales et l’amélioration des conditions de vie des populations.

Le nouveau Premier ministre a également adressé un message aux investisseurs et partenaires du Sénégal, affirmant que le pays demeurait « sûr et fiable » malgré le contexte politique récent.

Cette nomination intervient dans une période délicate pour le pouvoir sénégalais, quelques jours après la rupture entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko. Le choix d’un technocrate discret, réputé rigoureux et expérimenté dans les questions financières, traduit la volonté du chef de l’État de consolider l’appareil gouvernemental tout en rassurant sur la continuité du projet politique issu de l’alternance de 2024.

Avant son arrivée à la Primature, Ahmadou Al Aminou Lo occupait les fonctions de ministre d’État chargé du suivi et de l’évaluation de l’Agenda Sénégal 2050, après avoir été ministre secrétaire général du gouvernement. Sa longue carrière au sein de la BCEAO, où il a exercé plusieurs responsabilités stratégiques, lui vaut une réputation de spécialiste des questions monétaires, financières et de gouvernance économique.

Sénégal : Ahmadou Alhaminou Mohamed Lo nommé Premier ministre

Le Sénégal ouvre une nouvelle séquence politique avec la nomination d’Ahmadou Alhaminou Mohamed Lo au poste de Premier ministre.

Âgé de 60 ans, cet économiste sénégalais au parcours marqué par la finance publique, la régulation bancaire et les marchés financiers succède à Ousmane Sonko à la tête du gouvernement. Issu du Prytanée militaire de Saint-Louis, où il obtient en 1985 un baccalauréat scientifique avec mention Bien en tant que major de promotion, Ahmadou Alhaminou Mohamed Lo poursuit ensuite des études en sciences économiques à Université Cheikh Anta Diop. Il complète sa formation bancaire à Dakar avant de décrocher, en 2023, un Executive Master en finance islamique à l’INCEIF University de Kuala Lumpur.

L’essentiel de sa carrière se construit au sein de Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest, qu’il rejoint en 1987. Au fil des années, il y occupe plusieurs postes stratégiques liés aux opérations de marché, au financement des économies, aux systèmes d’information et à la régulation bancaire. En 2016, il devient Directeur national de la BCEAO pour le Sénégal avant d’être nommé Secrétaire général de l’institution en février 2024.

Durant son parcours à la banque centrale, il participe à plusieurs dossiers majeurs pour l’économie sénégalaise, notamment les émissions d’eurobonds sur les marchés internationaux, les échanges avec les agences de notation Standard & Poor’s et Moody’s, ainsi que les négociations menées avec Fonds monétaire international. Il contribue également au développement de la finance islamique dans l’UEMOA et aux travaux liés à la future monnaie unique de la CEDEAO.

Entré au gouvernement dès avril 2024 comme ministre secrétaire général de la présidence, il devient ensuite ministre d’État chargé du suivi de l’Agenda national de transformation « Sénégal 2050 ». À ce poste, il supervise la coordination des réformes stratégiques et le pilotage des projets prioritaires de l’État.

En le nommant à la Primature, le président Bassirou Diomaye Faye fait le choix d’un profil technocratique expérimenté, considéré comme l’un des principaux architectes administratifs et financiers de la nouvelle gouvernance sénégalaise depuis l’alternance de 2024.

Ousmane Sonko réintégré à l’Assemblée nationale après la démission de Malick Ndiaye

Le Parlement sénégalais entre dans une nouvelle phase politique. Réuni ce dimanche 24 mai, le Bureau de l’Assemblée nationale a validé la demande de réintégration d’Ousmane Sonko, qui retrouve officiellement son mandat de député après son départ de la Primature.

Dans le même temps, le président de l’Assemblée nationale, El Malick Ndiaye, a présenté sa démission de la tête de l’institution parlementaire. Proche d’Ousmane Sonko et membre influent du Pastef, il conserve toutefois son siège de député. Sa démission a été officiellement constatée par le Bureau de l’Assemblée.

Cette séquence politique intervient seulement deux jours après le limogeage d’Ousmane Sonko par le président Bassirou Diomaye Faye, dans un contexte marqué par des tensions croissantes entre les deux anciens alliés arrivés ensemble au pouvoir en avril 2024.

À l’issue de la réunion du Bureau, la Conférence des présidents a fixé au mardi 26 mai l’élection du nouveau président de l’Assemblée nationale. Cette échéance pourrait ouvrir la voie à l’arrivée d’Ousmane Sonko au perchoir, alors que le Pastef dispose d’une très large majorité parlementaire avec 130 sièges sur 165.

Dans un message publié sur Facebook, El Malick Ndiaye a expliqué que sa décision relevait d’un « choix personnel » guidé par « l’intérêt supérieur de la Nation » et sa conception des institutions. Sans détailler davantage ses motivations, cette démission apparaît néanmoins comme un nouvel épisode majeur dans la recomposition du pouvoir sénégalais.

La nomination du futur président de l’Assemblée sera particulièrement suivie, car elle pourrait redessiner les équilibres politiques au sommet de l’État. Le président Bassirou Diomaye Faye doit désormais également désigner un nouveau Premier ministre, qui devra ensuite obtenir l’approbation des députés dans un délai maximal de trois mois.

El Malick Ndiaye, Le président de l’Assemblée nationale du Sénégal, démissionne après le départ d’Ousmane Sonko

Le président de l’Assemblée nationale du Sénégal, El Malick Ndiaye, a annoncé sa démission dimanche, dans un climat politique tendu marqué par le limogeage de l’ancien Premier ministre Ousmane Sonko.

Dans un message publié sur Facebook, El Malick Ndiaye a expliqué que cette décision relevait d’un choix personnel fondé sur sa vision des institutions, de la responsabilité publique et de l’intérêt supérieur de la Nation, sans donner davantage de détails sur les motivations exactes de son départ.

Figure proche de Ousmane Sonko, il avait été porté à la tête de la 15e législature après la large victoire du PASTEF aux élections législatives de novembre 2024, remportées avec 130 sièges sur 165.

Cette démission ouvre désormais la possibilité d’une accession de Ousmane Sonko à la présidence de l’Assemblée nationale, alors que le leader du Pastef reste la principale figure politique du parti majoritaire.

Les députés ont été convoqués en séance plénière mardi matin afin de se prononcer sur la réintégration parlementaire de Ousmane Sonko, avant de procéder à l’élection d’un nouveau président de l’institution.

Cette séquence politique intervient seulement deux jours après la décision du président Bassirou Diomaye Faye de mettre fin aux fonctions de son Premier ministre et ancien allié politique, après plusieurs mois de tensions au sommet de l’État.

Le chef de l’État doit désormais désigner un nouveau Premier ministre, dont la nomination devra être validée par l’Assemblée nationale dans un délai maximal de trois mois. Toutefois, la Constitution ne lui permet pas de dissoudre le Parlement avant novembre prochain, soit deux ans après l’installation de l’actuelle législature.

Sénégal : Bassirou Diomaye Faye limoge Ousmane Sonko sur fond de tensions au sommet de l’État

Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a mis fin, vendredi soir, aux fonctions du Premier ministre Ousmane Sonko, marquant une rupture politique majeure entre les deux hommes arrivés ensemble au pouvoir en avril 2024 à la faveur d’une forte mobilisation populaire.

 

L’annonce a été faite à la télévision nationale par Oumar Samba Ba, secrétaire général de la présidence, qui a lu une déclaration officielle indiquant que le chef de l’État avait également mis fin aux fonctions de l’ensemble des ministres et secrétaires d’État du gouvernement. Les membres du gouvernement sortant ont été chargés d’assurer la gestion des affaires courantes en attendant la formation d’une nouvelle équipe.

Aucune information n’a toutefois été donnée sur l’identité d’un futur Premier ministre :

Cette décision intervient après plusieurs mois de tensions croissantes entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, ancien opposant emblématique au régime de Macky Sall et figure centrale du parti PASTEF.

Empêché de se présenter à l’élection présidentielle de 2024 après une condamnation judiciaire ayant entraîné la perte de ses droits civiques, Ousmane Sonko avait désigné Bassirou Diomaye Faye comme candidat de substitution. Les deux hommes avaient alors mené campagne autour du slogan « Diomaye Moy Sonko », devenu un symbole du mouvement porté par une partie importante de la jeunesse sénégalaise.

Peu après l’annonce de son éviction, Ousmane Sonko a réagi sur les réseaux sociaux en déclarant qu’il dormirait « le cœur léger » à son domicile situé dans le quartier dakarois de Keur Gorgui. Dans la soirée, plusieurs centaines de ses partisans se sont rassemblés devant sa résidence pour lui témoigner leur soutien.

Quelques heures auparavant, l’ancien chef du gouvernement avait prononcé à l’Assemblée nationale un discours critique envers ce qu’il qualifiait de pression occidentale sur certaines questions sociétales, notamment l’homosexualité, quelques semaines après le durcissement de la législation sénégalaise sur ce sujet.

Les désaccords entre les deux dirigeants étaient devenus de plus en plus visibles ces derniers mois. Début mai, Bassirou Diomaye Faye avait publiquement dénoncé une « personnalisation excessive » autour de son Premier ministre, affirmant que celui-ci ne resterait en poste qu’aussi longtemps qu’il bénéficierait de sa confiance.

Cette rupture survient alors que le PASTEF conserve une large majorité à l’Assemblée nationale depuis les élections législatives de novembre 2024 :

Sur le plan politique, le Parlement avait récemment adopté une réforme du code électoral ouvrant la voie à une éventuelle candidature de Ousmane Sonko à l’élection présidentielle de 2029. Cette réforme, promulguée par Bassirou Diomaye Faye, avait été vivement critiquée par l’opposition.

Depuis leur arrivée au pouvoir, les autorités sénégalaises doivent également faire face à une situation économique difficile. Le pays hérite d’un niveau d’endettement particulièrement élevé, estimé par le Fonds monétaire international à plus de 130 % du PIB. Le gouvernement actuel accuse l’ancienne administration de Macky Sall d’avoir dissimulé l’ampleur réelle des déséquilibres budgétaires, une situation qui a conduit à la suspension d’un programme d’aide du FMI.

Dialogue national : Diomaye Faye consulte d’anciens ministres des Finances

Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a poursuivi, ce vendredi, sa série de consultations avec les forces vives de la Nation en recevant au Palais de la République les anciens ministres des Finances Amadou Kane et Abdoulaye Daouda Diallo.

Selon la présidence sénégalaise, cette rencontre s’inscrit dans le cadre des concertations engagées autour de la Journée nationale du dialogue. Les discussions ont principalement porté sur la situation financière du pays dans un environnement international jugé particulièrement exigeant.

La veille, le chef de l’État avait déjà entamé cette nouvelle phase de dialogue politique et institutionnel en échangeant avec plusieurs anciens Premiers ministres, parmi lesquels Cheikh Hadjibou Soumaré, Abdoul Mbaye, Aminata Touré, Amadou Ba, Sidiki Kaba et Mamadou Lamine Loum.

Ces consultations, organisées sous un format plus restreint que les précédentes éditions du dialogue national, visent à recueillir les analyses et propositions d’anciens responsables de l’État sur les enjeux économiques, sociaux, sécuritaires et politiques auxquels le Sénégal est confronté.

Cédéao : le Sénégal en bonne position pour assurer la présidence tournante

Le Sénégal pourrait bientôt accéder à la présidence en exercice de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao), alors que le mandat du président sierra-léonais Julius Maada Bio arrive prochainement à son terme.

L’information a été annoncée vendredi par Cheikh Niang, ministre sénégalais de l’Intégration africaine et des Affaires étrangères, lors de la séance des questions d’actualité à l’Assemblée nationale. Selon lui, Dakar dispose de « fortes chances » d’assurer la présidence tournante de l’organisation régionale pour l’année à venir.

Le chef de la diplomatie sénégalaise a indiqué que cette éventuelle responsabilité permettrait au Sénégal de renforcer son implication dans plusieurs dossiers régionaux majeurs, notamment la crise malienne et les efforts de mobilisation du soutien international en faveur du Mali.

Cette perspective intervient alors que le Sénégal a déjà renforcé son influence au sein de l’organisation ouest-africaine. En décembre 2025, lors de la 68e session ordinaire de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement tenue à Abuja, le pays avait obtenu la présidence de la Commission de la Cédéao pour le mandat 2026-2030, une première dans son histoire.

Le Sénégal doit ainsi succéder au diplomate gambien Omar Alieu Touray à la tête de l’organe exécutif de l’institution régionale. À l’époque, les autorités sénégalaises avaient attribué ce succès aux orientations diplomatiques impulsées par le président Bassirou Diomaye Faye.

Si Dakar obtenait également la présidence tournante de la Conférence des chefs d’État, le Sénégal cumulerait alors la direction politique et exécutive de la Cédéao. Bassirou Diomaye Faye succéderait dans ce cas à Julius Maada Bio, désigné président en exercice lors du 67e sommet de l’organisation tenu le 22 juin 2025.

Une telle configuration placerait le Sénégal au cœur des principaux enjeux sous-régionaux, dans un contexte marqué par les défis sécuritaires au Sahel, les tensions persistantes avec les pays membres de l’Alliance des États du Sahel (AES) — le Mali, le Burkina Faso et le Niger — ainsi que les interrogations croissantes autour de l’avenir et de l’autorité de l’organisation régionale.

Sénégal : pourquoi certains moutons Ladoum valent plusieurs millions avant la Tabaski

À quelques jours de la Tabaski, les moutons Ladoum affichent des prix parfois supérieurs à un million de FCFA au Sénégal. Derrière cette flambée, les éleveurs mettent en avant un véritable investissement économique soutenu par les performances génétiques de cette race devenue symbole de prestige.

À Liberté 6, dans la capitale sénégalaise, Ibrahima Kamissokho, surnommé « Ibou Ngatté », expose fièrement un bélier de trois ans proposé à 1,5 million de FCFA. Malgré plusieurs offres dépassant le million, l’éleveur refuse de vendre. Pour lui, la valeur de l’animal dépasse largement son prix d’achat.

« Rien que son rejeton vaut un million », affirme-t-il, convaincu de détenir un reproducteur d’exception capable de générer des revenus pendant plusieurs années.

Le Ladoum, une race devenue un phénomène économique

Le Ladoum s’est imposé comme la race ovine la plus prestigieuse du Sénégal. Apparue au début des années 2000, cette race est issue du mouton touabire sahélien, selon plusieurs travaux scientifiques menés par l’ISRA et l’UCAD.

Son apparence spectaculaire explique une grande partie de sa valeur. Un bélier adulte peut dépasser 1 mètre de hauteur au garrot et afficher une carrure impressionnante. Les cornes, la robe blanche tachetée de noir et la pureté génétique constituent des critères déterminants dans la fixation des prix.

Chez les éleveurs spécialisés, certains détails physiques peuvent faire exploser ou chuter la valeur d’un animal. L’absence de pendeloques au niveau du cou, par exemple, est considérée comme une preuve de pureté de la lignée.

Un marché porté par le prestige et la rentabilité

Contrairement à l’élevage traditionnel, le marché du Ladoum attire surtout des commerçants, des cadres et des fonctionnaires. Des études universitaires réalisées à Thiès montrent que beaucoup voient cet élevage comme une activité de prestige, mais aussi comme une source importante de revenus. Les meilleurs béliers servent régulièrement à la reproduction. Une seule saillie peut être facturée entre 25 000 et 100 000 FCFA. Les descendants de géniteurs réputés se revendent ensuite à des prix très élevés.

Le modèle économique repose donc sur plusieurs niveaux :

  • la vente des reproducteurs ;
  • les revenus issus des saillies ;
  • la valorisation génétique des lignées ;
  • la spéculation autour des animaux primés.

Certains béliers issus de champions atteignent aujourd’hui plusieurs millions de FCFA dans des circuits privés d’éleveurs spécialisés.

La science confirme le potentiel de la race

Les recherches menées par les universités sénégalaises montrent que le Ladoum possède également de solides performances reproductives. Le taux de prolificité atteint 132 %, avec des naissances doubles fréquentes et parfois triples. Les femelles peuvent être mises à la reproduction très tôt, ce qui accélère la rentabilité des élevages. Pour les propriétaires, un Ladoum de qualité représente donc un capital productif permanent.

Cependant, les chercheurs alertent sur plusieurs risques :

  • la sélection excessive guidée uniquement par le marché ;
  • les coûts élevés d’alimentation ;
  • l’absence de régulation du secteur ;
  • les risques de dégradation génétique de la race.

Un marché hors normes avant la Tabaski

Cette année encore, les prix flambent dans les enclos dakarois. À Liberté 6, les moutons se négocient entre 175 000 FCFA et 1,5 million FCFA. Mais dans les réseaux les plus fermés, certains Ladoums d’exception atteindraient jusqu’à 25 millions de FCFA. Le ministère sénégalais de l’Élevage suit l’approvisionnement national pour la Tabaski, avec plus de 584 000 moutons déjà recensés mi-mai. Mais le segment haut de gamme du Ladoum échappe largement aux statistiques officielles.

Dans cet univers très codifié, la réputation d’un éleveur, la lignée d’un animal et le bouche-à-oreille valent parfois autant que les critères scientifiques eux-mêmes.